Les intellectuels et la crise: Mais où sont-ils ?
Une fois encore, l’on déplore le mutisme, l’insouciance du monde intellectuel, dans le règlement de la crise politique actuelle. Dans cet acharnement, cette surenchère morbide des deux camps en présence, de vouloir assurer la suite de la transition (à leur profit), les éléments éclairés se mettent volontairement en marge… Un exemple qui illustre un tel désengagement, c’est lorsque Zafy Albert se permet de créer, d’ici peu, un gouvernement parallèle. On tombe des nues. Personne ne semble réagir. Ce professeur s’imagine-t-il encore dans les années 90, une époque où il a facilement déboulonné Didier Ratsiraka de son trône ? Actuellement, l’amiral ne dit rien. Il a rendu les armes. C’est grave.
Où veut-on, SVP, mener Madagascar ? Evidemment dans l’abîme. Pour nos célèbres exilés, c’est du pain béni. Des forces obscures poussent les derniers des Mohicans à contester la feuille de route, acceptée par la communauté internationale, sinon à briser l’espoir des Malgaches d’une prochaine sortie du tunnel. Les zafistes, les ratsirakistes et les ravalomananistes n’en ont cure. Leur but se résume ainsi : provoquer des troubles, voire une guerre civile, à Madagascar… On les voit venir. Comme en Côte d’Ivoire, au Yemen, à Barhein, etc. C’est, en tout cas, dans l’air du temps.
Dans l’île, la guerre des idées semble faire place à des initiatives guerrières, à des attentats. On prête, dit-on, aux trois mouvances d’activer leurs branches activistes, après la nomination du gouvernement d’union. C’est leur dernière carte. Elles ont toujours aimé jouer avec le feu. MM. Zafy, Ratsiraka et Ravalomanana veulent refaire leurs « révolutions » respectives, en déployant des discours passéistes, agressifs. Que ces trois continuent de rêver ! La population ne restera pas, en effet, les bras croisés, non pas qu’elle soit pro-Andry TGV, mais qu’elle en a assez de ces tiraillements entre les partis politiques qui, depuis quatre décennies, n’ont fait que freiner considérablement le développement économique, ce qui a réduit de 75% le pouvoir d’achat des Malgaches, depuis l’indépendance. Normal, donc, si ces derniers en ont ras-le-bol. Tous aspirent aujourd’hui au calme, à la prospérité…
Si le pays accuse un tel retard dans son développement, c’est le fait de ces dissensions d’ordre politique, de cette course récurrente au pouvoir. Presque devenue un sport national. Didier Ratsiraka, Zafy Albert, Marc Ravalomanana et Andry Rajoelina en sont les athlètes les plus ardus. D’autres vont peut-être bientôt suivre leur trace. Dans cette compétition, il n’y a pas de pitié ni de place pour les faibles. A l’heure actuelle, la lutte continue de plus belle. Gare aux tocards qui souhaitent se mesurer aux puissants…
Au milieu de cafouillage, de ce brouhaha, un silence nous inquiète et nous interpelle. C’est celui de l’intelligentsia malgache. Censés être la tête pensante de la société, nos intellectuels refusent de s’engager dans le débat. Ailleurs, cela est considéré comme une lâcheté, comme un crime, comme une non assistance à nation en danger. Où sont-ils ? Que sont-ils devenus ? L’élite intellectuelle est maintenant aux abonnés absents, à l’image du SECES (syndicat des professeurs d’université) qui ne se préoccupe que de ses salaires et avantages bassement matériels. Les affaires nationales du moment, par exemple la feuille de route, ça ne l’intéresse pas, ce depuis 2009.
Comment ne pas également s’inquiéter de cette « non assistance » de l’aile importante de l’intelligentsia qu’est la franc-maçonnerie locale ? On respecte sa discrétion, cependant les « frères » se font rare ou n’élèvent pas la voix dans les travaux au sein de la présidence, du CT, CST et CENI. Connu pour un laboratoire d’idées, la franc-maçonnerie n’est visible nulle part. Lors de la crise de 1992-93, on se souvient encore des actions de Guy Razanamasy, Rakotovao-Razakaboana, Mounibou Ismaël, Rakotoniaina Justin et autres maçons qui ont grandement contribué à une sortie de crise honorable. A ne pas négliger aussi la contribution, ô combien positive, du CNOE, dirigé à l’époque par Madeleine Ramaholimihaso.
On ne peut surtout passer sous silence les faits d’armes du plus célèbre franc-maçon, Jean Ralaimongo dans l’Histoire récente de Madagascar…
Que ces élites, ces « frères », ces professeurs, ainsi que les membres influents de la société civile (secteur industriel, profession libérale…), se mobilisent pour éclairer la classe politique. Ceux-ci ont sûrement des idées, des propositions afin de guider tant les hommes au pouvoir que de l’opposition, en vue de préparer la modernisation de la société malgache. Mais ces « lumières » ne seront pas, demain, ni après-demain, nommés ministres ou à la tête des institutions de la République et des sociétés d’Etat…
Franck RAHARISON , journaliste